Note de méthode : conformément à notre charte, ce dossier ne cite aucune marque ni aucun modèle. Les familles de matériel et leurs ordres de grandeur suffisent à comprendre où passent les watts — et ils resteront exacts quand les références commerciales du moment auront disparu.
Trois classes de matériel, trois profils électriques
Les circuits intégrés spécialisés (ASIC). Conçus pour un seul algorithme, ils dominent le minage en preuve de travail. Profil type d'une unité récente : 3 000 à 3 500 W appelés en continu, une nuisance sonore de soufflerie industrielle, et une efficacité qui se mesure en joules par terahash (J/TH) — l'énergie dépensée pour mille milliards de tentatives de calcul. Les générations récentes descendent sous les 30 J/TH quand les générations précédentes en demandaient trois à cinq fois plus : à facture électrique égale, une machine moderne calcule plusieurs fois plus qu'une machine de quelques années son aînée.
Les cartes graphiques. Polyvalentes, elles consomment de 150 à 350 W pièce et se montent en grappes de six à douze sur des châssis dédiés — soit 1 à 4 kW par châssis, alimentation comprise. Leur heure de gloire minière est passée : la bascule du deuxième réseau mondial vers la preuve d'enjeu a retiré en une nuit leur principal usage, et le parc s'est massivement reconverti vers le calcul graphique et l'apprentissage automatique. Elles restent le meilleur exemple pédagogique du réglage fin : sous-volter et plafonner la puissance d'une carte réduit sa consommation de 20 à 30 % pour une perte de calcul bien moindre.
Les machines généralistes. Processeurs classiques et petits serveurs jouent un rôle marginal dans le minage en preuve de travail — leur efficacité y est inférieure de plusieurs ordres de grandeur — mais ils motorisent la validation en preuve d'enjeu : quelques centaines de watts par nœud, l'électronique d'un ordinateur de bureau sérieux.
Le rendement se joue aussi hors du silicium
Deux maillons discrets pèsent sur chaque kilowattheure. L'alimentation d'abord : la conversion alternatif-continu détruit 5 à 10 % de l'énergie en chaleur selon la qualité du bloc et son point de charge. Sur 26 000 kWh annuels, l'écart entre une alimentation médiocre et une alimentation à haut rendement représente plus de 1 000 kWh — soit environ 200 € par an à 0,20 €/kWh, pour le même calcul produit. Le refroidissement ensuite : les fermes sérieuses mesurent leur PUE (Power Usage Effectiveness), le rapport entre l'électricité totale du site et celle qui atteint réellement les machines. Un site bien conçu tient un PUE de 1,1 à 1,2 ; un local improvisé et climatisé dépasse allègrement 1,4 — 40 % de surcoût électrique avant le premier calcul utile.
L'obsolescence est énergétique avant d'être mécanique
Une machine de minage ne meurt presque jamais d'usure : elle meurt de comparaison. Dès qu'une génération plus efficace se déploie, la difficulté du réseau monte et le même kilowattheure produit relativement moins qu'ailleurs. C'est une course de rendement énergétique, pas de vitesse brute — et elle a une conséquence matérielle lourde : des volumes importants d'électronique de puissance parfaitement fonctionnelle deviennent des déchets en trois à cinq ans. Le coût énergétique de fabrication de ces équipements, lui, ne figure sur aucune facture d'électricité, mais un bilan complet devrait le compter.
Lire une fiche technique sans se faire avoir
Trois réflexes résument ce dossier. Convertir toute annonce en joules par unité de calcul, seule mesure qui permette de comparer deux machines : une consommation « faible » sur une machine lente n'a aucun mérite. Majorer systématiquement la puissance annoncée de 10 à 15 % pour l'alimentation et la ventilation, comme établi dans notre dossier sur la consommation. Et rapporter le tout à votre prix du kilowattheure sur la durée de vie plausible de l'équipement : c'est presque toujours l'électricité, pas le matériel, qui écrit la dernière ligne du tableau.